Chroniques d’un petit industriel qui rêve de réenchanter la France – Épisode 85 : inventer demain.
Certaines rencontres vous donnent envie de pousser la porte de l’atelier… et de se mettre au travail pour inventer. Celle avec Philippe Aghion, Prix Nobel d’économie 2025, est de celles-là !
Son idée tient en deux mots : destruction créatrice. Derrière cette expression d’économiste venue de Schumpeter se cache une formidable histoire humaine.
L’électricité a remplacé la bougie. L’automobile a bouleversé le cheval. Le transistor a détrôné le tube. Le smartphone a transformé notre téléphone en ordinateur de poche. Vous vous rappelez du métier Jacquard ?
À chaque fois, le nouveau n’a pas simplement ajouté quelque chose. Il a déplacé la frontière. Avec Peter Howitt et Joel Mokyr, Philippe Aghion a montré combien l’innovation, la concurrence et l’entrepreneuriat sont au cœur de cette dynamique. Et pour nous, industriels, cela parle immédiatement.
Une usine ne reste jamais immobile. Une machine évolue. Un métier se transforme. Une technologie en chasse une autre.
Le vrai danger n’est peut-être pas de changer trop vite. C’est de ne plus oser changer.
La France possède pourtant des trésors : ses chercheurs, ses ingénieurs, ses entrepreneurs, ses savoir-faire, ses laboratoires, ses jeunes pousses.
Regardez ce qui naît aujourd’hui dans nos labos et nos territoires : IA, biotechnologies, biologie cellulaire, robotique, nucléaire, nouveaux matériaux, santé…
La question n’est donc pas de savoir si nous avons des idées. La question est de savoir si nous saurons les transformer en champions.
Pour cela, il faut du capital patient, de la concurrence, du risque, de la recherche… et surtout une société qui accepte que l’innovation bouscule les habitudes. Le tout avec beaucoup de goût au travail et à l’effort en acceptant de trébucher.
C’est aussi cela, l’entreprise : prendre une idée fragile, lui donner des moyens, réunir des talents et tenter de lui faire traverser le réel.
Parfois ça marche. Parfois non. Mais chaque tentative agrandit la frontière.
Alors, merci Philippe Aghion de nous rappeler une chose essentielle : le futur n’arrive pas tout seul. Il faut le chercher. Le construire.
Et parfois avoir le courage de remplacer ce que nous savons faire par ce que nous ne savons pas encore faire.
Voilà peut-être la plus belle définition de l’innovation : avoir assez confiance dans demain pour accepter de réinventer aujourd’hui.


